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La Numerisation de l'espace de bataille

La Numerisation de l'Espace de Bataille
Définition

Définition de la Numérisation de l’Espace de Bataille (N.E.B.)

Dans le combat moderne, l’avantage va à celui qui a la maîtrise de l’information. Les chefs militaires ont toujours eu le souci du renseignement afin de prendre un temps d’avance sur leurs adversaires.

Les grands échecs militaires ont souvent été liés au manque d’information, au bon endroit, au bon moment. Le temps où un homme pouvait intégrer seul les nombreux paramètres d’environnement et les données tactiques ou stratégiques est bien loin. La complexité des opérations et le développement de la notion de village global, où tout va plus vite et plus loin, ne permet plus un traitement classique, « à la main », des informations dans la cadre de la planification et de la rédaction des ordres. L’outil informatique apporte donc ce puissant vecteur technique indispensable pour mieux appréhender cet environnement.

Il permet la conception et la rédaction, sous délai contraint, d’ordres d’opération cohérents, tout en facilitant la conduite de ces mêmes opérations par la coordination des multiples actions concourant à l’atteinte des objectifs définis.

En parallèle, le développement des nouvelles technologies d’information et de communication a ouvert de nouvelles possibilités.

La création d’un réseau d’information militaire à but opérationnel est ainsi devenue une priorité, donnant naissance à la N.E.B qui est à la fois un concept et un processus d’acquisition d’équipements et de savoir-faire. Ce programme permet de relier tous les acteurs d’une opération militaire entre eux en réseau et de traiter les informations quasiment en temps réel.

Le processus d’acquisition d’équipements de la N.E.B consiste principalement à mettre en place des systèmes d’information et de communication (S.I.C).

Si l’emploi des moyens de communication est maîtrisé de longue date par les formations, les systèmes d’information sont plus récents et surtout constituent désormais l’interface entre l’usager et les systèmes de commandement numérisés. Ce sont donc les SI qui sont l’objet des principaux enseignements pour l’emploi des outils relevant de la N.E.B.

La N.E.B est entrée dans sa phase d’expérimentation en 2004 pour monter en puissance fin 2009.

Au départ perçue comme fragile et difficile d’utilisation, elle a fait aujourd’hui d’importants progrès et a conquis ses utilisateurs.

Les soldats français ont ainsi aujourd’hui à leur disposition des nouveaux outils de communication et d’information. L’arrivée des équipements s’est généralisée dans les forces et l’utilisation des outils numérisés  devient incontournable dans la conduite des opérations.

Le véritable aboutissement du processus sera la phase de l’infovalorisation des forces terrestres à partir de 2015 et qui se définit comme « l’exploitation optimale des ressources informationnelles, autorisées par les nouvelles technologies, pour améliorer l’efficacité opérationnelle des forces aéroterrestres dans les engagements futurs ».

Elle devra déboucher sur un partage unique de l’information et rendre optimale l’exploitation de l’information autorisée par les technologies par les drones, satellites et autres capteurs.

La supériorité opérationnelle de l’armée française passera par l’obtention de la bonne information partagée en temps réel : c’est tout l’enjeu politique et stratégique de demain.

C’est un enjeu politique et stratégique majeur pour la France (Livre blanc de la défense) 

La Numerisation de l'espace de bataille
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L'Architecture de la Numérisation de l’Espace de Bataille

La N.E.B est donc un intranet sécurisé qui met en réseau tous les opérateurs d’une force de l’état-major au soldat. Ce réseau permet de diffuser et de traiter en temps réel les informations aux différents échelons de commandement sur le champ de bataille. Elle repose sur une architecture complexe à plusieurs niveaux qui correspondent à des groupes opérationnels distincts lesquels échangent via différents systèmes d’information tous inter-opérables entre eux.

L’information circule donc à travers des différentes bulles numériques qui correspondent à chaque niveau opérationnel via les systèmes d’information qui leurs sont attribuées ainsi que le montre le graphique ci-après.

Architecture Numerisation Espace Bataille

Intranet de l’espace de bataille aéroterrestre

Comme indiqué sur le graphique précédent, le S.I.C.F de la Brigade est interopérable avec le S.I.R du G.T.I.A qui l’est avec le S.I.T du chef de section.

Le Système d’Information pour le Commandement des Forces (S.I.C.F)

Le S.I.C.F constitue le système global d’information des postes de commandement de niveau brigade à corps d’armée. Il permet de préparer et de planifier rapidement les combats, de prévoir leurs évolutions et de les conduire.

Poste de commandement SICEF

Poste de Commandement de la brigade
«Opération Serval » au Mali

Le Système d’Information Régimentaire (S.I.R)

Le S.I.R est le niveau intermédiaire de collecte de l’information.

Le S.I.R au sein du régiment, est donc le système d’information des postes de commandement à savoir le Poste de Commandement du Groupement Tactique Interarmes (P.C. du G.T.I.A = Régiment) et le Poste de Commandement du Sous G.T.I.A (= Compagnie).

Il relie les unités au contact au système de commandement vers le haut et permet d’échanger des messages numériques avec les forces sur le terrain. Le S.I.R transmet à l’état-major au travers du S.I.C.F les demandes d’appui par l’artillerie, recueille les comptes-rendus et tient à jour la situation tactique.

Le commandement coordonne les missions des troupes sur le terrain grâce aux postes S.I.R qui permettent :

  • de suivre sur des cartes numériques la progression des unités en quasi-temps réel,
  • d’élaborer et distribuer les ordres pour les unités élémentaires,
  • de travailler la cartographie, donc de faire de l’étude de terrain (planimétrie, hypsométrie, coupes terrains…),
  • D’apprécier les remontées d’information des unités (messages écrits et photos) et donc de les suivre en visuel directement sur une cartographie numérique avec la remontée des positions exactes des unités amies (blue force tracking), ce qui permet la mise à jour de la Situation Tactique de Référence (SITACREF).
Document des ordres S.I.R

Document des ordres S.I.R

Le S.I.R comporte également :

  • Un espace de travail collaboratif avec une gestion électronique des documents (G.E.D),
  • Une base de données,
  • Diverses applications dédiées au travail par métier (Renseignement, Conduite des opérations, Logistique…),
  • Un serveur de messagerie nommé serveur de communication (S.D.C),
  • Des moyens de communication réseaux IP, Radio et satellitaires,
  • Etc…

Un poste de commandement (P.C) S.I.R est composé au minimum de deux postes physiques pour le P.C du Capitaine (Sous G.T.I.A) et d’une grappe de huit postes pour le P.C du chef de corps (G.T.I.A).

VAB PC

Intérieur d’un Véhicule de l’Avant-Blindé revalorisé (P.C S.I.R)

L’application Cartographique

L’application cartographique offre plusieurs fonctions particulières telles que, par exemple, l’hypsométrie, la planimétrie ou les coupes de terrain.

Affichage cartographique au format Raster USRP

Affichage cartographique au format Raster USRP

Elle permet également l’affichage des différents types de cartographies géo-référencées à différentes échelles.

La cartographie intégrée dans le S.I.R provient essentiellement du Groupement Géographique de l’Armée de Terre, seul organisme habilité à fournir des cartographies à usage militaire.

L’application de la Situation Tactique de Référence (SITACREF)

La véritable plus-value de la N.E.B réside dans la tenue à jour automatisée de la situation tactique de référence (SITACREF).

situation tactique de reference

Vue SITACREF poste S.I.R 1er REC. (en bleu les unités amies, en rouge les unités et obstacles ennemis, et en jaune les non identifiés)

Avant l’apparition de la N.E.B, il fallait presque deux heures à un chef de corps pour être informé de la situation de ses subordonnés et de ses troupes. Cette remontée d’information était une tâche fastidieuse et très difficile, parfois même, impossible à confirmer. En effet, il fallait récolter toutes les remontées de positions à la radio selon une procédure très longue et parfois source de nombreuses erreurs.

Grâce à la N.E.B, la SITACREF qui est l’élément central de la numérisation, permet désormais à tous les utilisateurs d’avoir une vision commune, exacte et actualisée en permanence. Elle donne au chef de corps le temps d’avance indispensable qui lui permet de prendre la bonne décision, au bon moment.

La SITACREF permet aujourd’hui de faire apparaitre automatiquement et en quasi-temps réels les positions de toutes les unités amies, des obstacles identifiés (Mines, Barrages…)  et de toutes les informations ennemies confirmées.

Mais pour qu’elle puisse jouer ce rôle essentiel, elle doit être juste, précise et partagée, ce qui implique que tous les acteurs puissent être représentés. En effet, la fiabilité de la SITACREF est déterminante puisqu’elle conditionne la confiance du chef dans son outil. Instrument d’aide à la décision, elle se doit d’être exempte de tout défaut.

Le Système d’Information Terminal (S.I.T)

Le système d’information terminal (S.I.T) ferme la chaîne numérisée. Il fait de chaque char, véhicule, hélicoptère de l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre) ou combattant débarqué un capteur à même de recevoir des messages, d’expédier des comptes-rendus, de connaitre et d’indiquer sa position, d’afficher sur l’écran des cartes tactiques et d’accéder à des données utiles qui améliorent l’efficacité de la mission.

I.H.M du S.I.T

I.H.M du S.I.T

La numérisation des véhicules

Tous les véhicules disposent d’un terminal embarqué, à savoir le SITEL équipe les petits véhicules, le S.I.T pour les véhicules blindés et le système ATLAS pour l’artillerie.

I.H.M ATLAS

I.H.M ATLAS

G.P.S.

G.P.S.

Un véhicule numérisé est composé d’un système d’information, d’un moyen de communication et d’un GPS :

Système d’information :

  • Logiciel.
  • Ordinateur.
  • Intégration véhicule.

Moyens de communication :

  • Poste(s) radio(s).
  • Eventuellement une Station d’émission satellitaire.
  • Intégration véhicule.
PR4G

Le PR4G permet l’émission radio et données numérisées par un mode sécurisé d’évasions de fréquences (EVF) qui complique grandement sa détection et le piratage des données émises.

Cockpit VBL S.I.T

Cockpit d’un VBL équipé S.I.T

La numérisation des personnels à pieds

Les fantassins disposent eux du système FELIN (fantassins, équipement et liaisons intégrées) dont l’industriel SAGEM assure la maîtrise d’œuvre.

Il intègre toutes les nouvelles technologies en matière de communication, d’observation et de protection. Le fantassin dispose d’un fusil d’assaut équipé de caméras jour et nuit et d’une visée déportée. Les soldats l’ont vite adoptée. Il permet de donner par exemple l’indication du nombre de blessés et de la nature des blessures (tête, tronc, jambes…) et de transmettre l’information. Un seul appareil centralise tout et peut prendre des photos pour informer le chef de groupe.

Le chef de groupe dispose d’un S.I.T COMDE (système d’information terminal du Combattant débarqué) le dernier né de la N.E.B. Les troupes au sol ont aujourd’hui leur propre système d’information qui les accompagne sur le terrain et la hiérarchie a été pensée au niveau de la section (30 hommes).

Le S.I.T COMDE ressemble à une tablette tactile à la différence qu’elle est dédiée aux militaires avec des applications à buts opérationnels. Elle permet la gestion des informations photos et vidéos, le stockage et le partage des informations, le suivi des consommations, la messagerie, g.p.s et bien d’autres fonctions… Ergonomique et pratique, il apporte une aide à la décision et donne une information sur la position des sections amies, des appuis…

Fantassin S.I.T. COMDE

Fantassin .équipé S.I.T COMDE

Les acteurs de la N.E.B.

Les organismes du Ministère de la Défense - Maîtrise d'Ouvrage -

  • La Direction Générale de l’Armement (D.G.A)
  • La Section Technique de l’Armée de Terre (S.T.A.T)

Les brigades et régiments d'experimentation - XP / Validation -

  • 6ème B.L.B. (1er REC, 2ème REI, 21ème RIMA)
  • 2ème B.B.

Les industriels - Maitres d’œuvres -

  • THALES (Pour les moyens de Télécommunications Radio et satellitaires).
  • La Section Technique de l’Armée de Terre (S.T.A.T)
  • EADS – CASSIDIAN (pour le système d’information régimentaire).
  • NEXTER (Pour le système d’information terminal).
  • BULL (Pour le Système d’information et de communication Scorpion).
  • SAGEM (Pour le Système d’information terminal du combattant débarqué (SITCOMDE).
Les industriels de la neb

Les industrels de la N.E.B.

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Le Poste de Commandement numérisé du Groupement Tactique Interarmes (P.C du G.T.I.A)

PC SIR 1er REC

Poste de commandement du G.T.I.A Groupement tactique interarmes (S.I.R) du 1er REC

Le P.C du G.T.I.A est composé principalement de quatre véhicules de l’avant blindé (VAB) revalorisés comportant chacun deux postes S.I.R.

Ces véhicules sont tous interconnectables entre eux par fibre optique.

Lorsque le Poste de Commandement est monté, il est alors formé d’une grappe de huit postes S.I.R comprenant tous les mêmes informations synchronisées qui permettent le travail collaboratif des différentes cellules du P.C. (Renseignement, conduite des opérations, logistique…etc.).

Dans le cadre d’exercices interarmes, des systèmes extérieurs sont également intégrés à cette grappe comme par exemple le système ATLAS pour l’artillerie.

Ou encore, la station Mobile Légère (ML) qui permet d’assurer les liaisons très longues portées car elle est surmontée d'un système antennaire déployable sur commande opérateur.

Ce véhicule intègre les équipements de commutation, de transmission ainsi que les servitudes nécessaires à la réalisation de transmissions par satellite.

La sécurité du poste de commandement numérisé

Sécurité physique (Personnels, Matériels, Signeaux Parasites Compromettants (S.P.C.)...

  • L’environnement de sécurité physique global : GSE
  • Environnement de sécurité local : LSE
  • Environnement de sécurité du compartiment opérationnel (COP) SIR

Sécurité logique des systèmes d’informations.

  • Mises à jour et protection des systèmes.
  • Accès des matériels informatiques n’appartenant pas au système.
  • Contrôle d’accès au S.I.R et politique de mots de passe.
  • Sauvegarde et restauration des données.
PC SIR 1er REC

Intérieur du COP (S.I.R), Poste de commandement du 1er REC

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Le Programme SCORPION

La N.E.B a participé depuis plusieurs années à la transformation des forces et ainsi à une montée en puissance du programme SCORPION. Le prochain objectif sera de relier tous les membres d’un groupement tactique interarmes (G.T.I.A) entre eux dans une seule bulle numérique pour qu’ils aient tous accès à l’information valorisée. Mais pour cela, tous les systèmes devront être compatibles entre eux. L’interopérabilité totale des systèmes, c’est donc le prochain défi de la N.E.B.

Infovalorisation N.E.B.

Les différentes phases de la N.E.B.

L’infovalorisation avec l’exploitation optimale des ressources d’information obtenues grâce aux nouvelles technologies (satellites, drones, robots, etc…) sera la valorisation de l‘information partagée entre tous. Mais il faudra en rentabiliser le résultat : quelle sera la bonne information et qui devra la recevoir afin que la mission des forces sur le terrain soit facilitée.

Le Système d’Information du Combat Scorpion (S.I.C.S) remplacera alors l’intégralité des systèmes d’information du G.T.I.A (du S.I.R au S.I.T), mettra en réseau toutes les plates-formes et permettra l’intégration des systèmes actuels en un seul système.

Le programme SCORPION apportera deux plus-values opérationnelles décisives, à savoir l’accélération du rythme de la manœuvre et l’accroissement de la liberté d’action.

SCORPION c’est donc l’équipement du G.T.I.A futur. C’est l’enjeu majeur de l’armée de terre de cette décennie et la N.E.B en est la pierre angulaire.

SCORPION

Le Système d’Information du Combat Scorpion (S.I.C.S)

Depuis 2004 et jusqu’à aujourd’hui, la N.E.B a contribué ainsi intimement à cette évolution charnière de l’Armée de Terre.

En 2008, des postes de Maître de N.E.B ont été créés au sein de l’Armée de Terre dans les unités.

Les experts de la N.E.B. sont une poignée d’hommes en appui de toute une armée pour lui faciliter l’appropriation et la mise en œuvre concrète de la N.E.B. Ils se rendent régulièrement sur le terrain au côté des utilisateurs.

Pour autant, tout professionnel doit avoir du recul, avoir un œil critique, et connaître les risques inhérents à l’usage de toute technologie et ses points faibles.

Car, si la N.E.B et l’infovalorisation inter-armes sont l’avenir inéluctable de notre armée, l’expérience du terrain et des hommes font craindre des dérives futures que l’on ne peut pas sous-estimer, comme la tentation du « tout écran », l’entrisme ou encore la paresse. 

En effet, les combattants et tous les hommes formant la chaîne de commandement devront pouvoir, à tout moment, se détacher de leur console pour observer leur terrain, savoir fonctionner en mode dégradé et conserver la maîtrise des savoir-faire fondamentaux.

La N.E.B ne devra en aucun cas remplacer l’expérience sur le terrain et l’adaptabilité des troupes, car même « coupées de tout », celles-ci devront pouvoir fonctionner de manière optimum.

Ces risques sont certes indépendants de la qualité et du niveau de la numérisation mais dépendent de la volonté de l’homme à maîtriser la machine mais ils ne doivent pas être ignorés.

Les futurs systèmes de numérisation, SIA (Système d’Information des Armées) et S.I.C.S (Système d’information du combat scorpion) tendent à prendre en compte les imperfections actuelles.

La Numerisation de l'Espace de Bataille en bref
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