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La Simulation Opérationnelle

La Simulation Operationnelle
Introduction

La naissance de la plate-forme de simulation et son concept

Depuis plusieurs années, le contexte économique difficile a conduit à une réduction drastique des moyens financiers et ainsi à la limitation des possibilités d’entraînements réels.

La nécessité de réaliser des économies d’échelle a obligé l’Armée à limiter les entrainements très coûteux sur le terrain (coûts de sortie des engins, gasoil, défraiement des hommes…etc).

Mais, en parallèle, les capacités opérationnelles des unités se sont ainsi dégradées et notamment au niveau de la prise de décision et de la chaîne du commandement risquant au final de provoquer des drames humains lors des opérations extérieures.

Engagé sur la voie de la numérisation depuis 2004, l’Armée, au travers des Maître de N.E.B., n’a eu de cesse, une fois le niveau de maitrise de la mise en œuvre des systèmes et des procédures de la N.E.B atteint, de pérenniser ces acquis.

Mais pour y parvenir, il a fallu dresser un constat des difficultés rencontrées, présenter une solution développée au sein des régiments, et enfin réfléchir à des pistes permettant d’aller plus loin dans son utilisation.

Les Maîtres de N.E.B, sont en charge d’instruire les unités du régiment à l’utilisation des moyens numérisés et surtout à l’intégration de ses procédures.

Il s’agit d’une entreprise de longue haleine et la numérisation requiert un engagement fort de tous car ce processus demande une formation constante et un entraînement régulier. En effet, avant de recourir à la numérisation, il est essentiel que chaque traitant d’état-major et chaque exécutant maîtrise les savoir-faire indispensables de son niveau sur S.I.R ou S.I.T. Cependant, à chaque Plan Annuel de Mutation, force est de constater qu’il est nécessaire de reprendre les bases et d’initier un cycle de formation pour les nouveaux arrivants afin qu’ils puissent participer le plus rapidement possible aux exercices ou aux projections sur des théâtres numérisés.

Afin de pallier à ces difficultés, l’Armée était à la recherche d’un moyen pédagogique efficace pouvant se substituer à l’usage très couteux des matériels opérationnels réels. Ceci dans le but de permettre l’entrainement des trois niveaux opérationnels de commandement dans le régiment :

  • Le poste de commandement du chef de corps (P.C du G.T.I.A),
  • Le poste de commandement du capitaine (P.C du Sous-G.T.I.A),
  • Le chef de section et le chef de groupe.

D’autre part, en termes de simulation, nous disposions, en 2007 au sein des régiments, pour l’entrainement tactique des unités du simulateur « ROMULUS ».

Dans sa version de l’époque (ROMULUS V4), ce simulateur ne permettait que l’entrainement de niveau chef de groupe ou d’engin et qui correspond au niveau le plus bas de l’échelon de commandement. Ce dernier n’intégrait alors dans son concept aucune notion de combat numérisé (N.E.B).

Fort de son expérience en matière de Numérisation de l’Espace de Bataille, l’idée est donc venue du régiment de cavalerie de la « Légion Etrangère », le 1er Régiment Etranger de Cavalerie, d’associer le simulateur ROMULUS aux moyens de la N.E.B (S.I.T – S.I.R).

Cette association permettrait alors de générer, grâce à la simulation, la matière en termes d’animation basse pour réaliser les exercices nécessaires à l’entrainement des trois échelons de commandement.

Après la réalisation de la plate-forme en 2008, le concept a été définitivement validé par la concrétisation d’un exercice de niveau G.T.I.A au « 1er R.E.C. » intitulé « Exercice WALKYRIE »

Cet exercice a été élaboré pour sa partie opérationnelle par le chef de corps et les officiers d’état-major du 1er R.E.C. et mis en œuvre techniquement entièrement par le Maître de N.E.B. et de Simulation.

Suite au compte-rendu de retour d’expérience de cet exercice émis par le chef de corps et mettant en avant les plus-values de la plate-forme de simulation,

Le projet fut ensuite entièrement repris par l’E.M.A.T fin 2009 pour mettre en œuvre sa duplication au niveau national et fut rebaptisé Espaces d’Instruction Collective à la Numérisation de l’Espace de Bataille assistés par la Simulation (EIC NEB SIMU).

Aujourd’hui piloté par l’E.M.A.T, le projet EIC NEB SIMU consiste donc à mettre en place des plates-formes selon le modèle de celle du 1er REC dans les régiments pour l’entrainement des forces à la N.E.B par la simulation.

Un document fédérateur du projet EIC NEB SIMU a été édité le 27 Mai 2013 par le Général d’Armée « RACT MADOUX » pour le promouvoir.

Présentation de la plate-forme de simulation

Le concept : En couplant les simulateurs de combat avec les moyens de numérisation réels, la plate-forme de simulation a permis d’entrainer les trois échelons de commandement existant dans un corps de troupes,  d’améliorer la réflexion tactique, l’élaboration des ordres et leur rapidité d’émission.

  • Il s’agit d’un moyen pédagogique qui permet l’instruction des personnels à l’utilisation des moyens numérisés, à la réflexion tactique pour les cadres ainsi qu’à la vérification des acquis par la mise en œuvre de tests opérationnels des différents échelons.
  • Il s’agit également d’un moyen d’optimisation à la préparation opérationnelle grâce à l’utilisation d’une vaste cartographie numérique réelle avant toute projection de troupes sur un théâtre d’opération extérieur.
Plateforme de Simulation du 1er REC

Plan de la plate-forme de simulation du 1er R.E.C.

La plate-forme se compose donc principalement de trois salles correspondant aux trois niveaux de commandement dans un corps de troupe :

  • La salle G.T.I.A (groupement tactique inter-armes) en lien vers le bas avec la salle S.G.T.I.A et vers le haut vers la brigade (6ème BLB à NÎMES) grâce à un réseau dédié à la simulation. La salle S.G.T.I.A possède également des moyens de transmission des Systèmes d’Information Opérationnelle et de Communication (S.I.O.C) qui permettent d’être en liaison avec une unité déportée sur le terrain réel.
  • La salle S.G.T.I.A (sous groupement tactique inter-armes) couplée à la salle ROMULUS permet d’entraîner les capitaines commandants d’unités à la réflexion tactique, à l’élaboration des ordres et à la conduite des opérations pendant les exercices de simulation.
  • La salle du simulateur "ROMULUS" dédiée à l’entrainement des chefs de pelotons/sections et de leurs chefs de groupes/engins.

La plateforme dispose de trois types de simulateurs :

"ROMULUS V6" Le simulateur tactique de niveau pelotons/sections

IHM Simulation Romulus

Exemples d’I.H.M Simulation "ROMULUS"

"EMSET" Le simulateur technique de tir du char "AMX10RC" de l'industriel "BERTIN"

EMSET

Poste Superviseur du simulateur

"VBS2" , "INSTINCT" ou "OFP" les simulateurs tactique de niveau groupes/engins

VBS2

Simulateur VBS2

Les apports de la plate-forme de simulation aujourd’hui

La plate-forme permet aux régiments de s’entraîner à moindre coût, en évitant de déployer sur le terrain divers moyens comptés tout en restituant l’environnement NEB SIT/SIR. Elle offre au chef tactique, comme aux échelons intermédiaires, une meilleure intelligence de la situation ainsi que la capacité de transmettre des ordres rapidement.

De ce point de vue, la place de la simulation peut être appréciée au regard de trois “gains” principaux, à savoir un gain de temps, un gain d’argent et un gain pédagogique.

Mais le recours à la plate-forme permet également de répondre à d’autres préoccupations importantes de nos jours comme la protection des personnes et la protection de l’environnement.

Gain de temps :

En dehors du cycle des opérations et des missions, la préparation d’un exercice réel peut s’avérer très longue (de l’ordre de 1 à 3 mois selon le niveau de l’exercice) mais aussi très chronophage en terme d’emploi du temps pour l’ensemble des personnels d’une unité.

Il faut, entre autre, préparer les divers moyens (véhicules, armements, transmissions, cartographie, systèmes d’informations…), effectuer les démarches administratives nécessaires pour leur sortie du régiment, mais également aussi demander les autorisations aux préfectures des lieux dans lesquels l’exercice va se dérouler. Ceci sans oublier le reconditionnement des personnels et des matériels après la réalisation de l’exercice.

La plate-forme de simulation permet alors de s’affranchir de toutes ces démarches et permet à l’unité de se consacrer essentiellement à la préparation tactique du thème de l’exercice.

A titre de comparaison, la durée de préparation d’un exercice sur la plate-forme de simulation est d’une semaine pour un exercice niveau section, de deux semaines pour le Sous G.T.I.A et de trois semaines pour le G.T.I.A.

Gain d'argent :

Actuellement les unités veillent à optimiser l’emploi d’un parc de matériels comptés, dont chaque sortie doit être rentabilisée.

En ce sens, la plate-forme de simulation est une source d’économies communément identifiées, que cela soit des économies de carburant, de frais de déplacement, de potentiel des matériels etc….

A titre d’exemple, le coût d’un exercice réel sur 10 jours s’élève environ à 200 K€ pour un sous- groupement tactique interarmes (S.G.T.I.A = 130 hommes, 30 engins) et à environ 1.000 K€ pour un régiment (5 S.G.T.I.A).

Cet argument a souvent été mis en exergue pour convaincre les “décideurs” de soutenir ce projet.

Gain pédagogique :

A la différence d’un exercice en terrain libre ou sur carré vert (exercice sur carte papier), la plate-forme permet, grâce aux outils de simulation, d’enregistrer le passé, de le représenter, de permettre une analyse critique de l’action et le cas échéant de rejouer celle-ci.

La plate-forme a également permis une représentation plus réaliste de la N.E.B pour la validation des procédures ainsi que pour l’évaluation des différents échelons de commandement.

Par exemple, pour un Capitaine commandant un S.G.T.I.A, l’environnement en terme de systèmes d’informations (S.I.R) et de moyens radios est en tout point identique à celui où il se trouverait sur un terrain d’opération réel. Il donne ses ordres aux unités qui lui sont subordonnées et reçoit les comptes- rendus de remontée des S.I.T de manière entièrement transparente, comme dans la réalité. Sauf que ses unités animent en fait leurs actions sur le simulateur ROMULUS.

Ces mêmes conditions, qui sont nécessaires à l’évaluation opérationnelle d’un Capitaine commandant sont, en dehors des opérations, pratiquement impossibles à réunir dans le cadre d’un exercice réel car trop couteux en termes de moyens et de personnel.

 

Mais le gain le plus important réside dans la préparation opérationnelle des unités avant leur projection sur les différents théâtres d’opérations extérieurs.

A titre d’exemple : La plate-forme de simulation, a notamment permis de mettre en place les moyens pour permettre la préparation opérationnelle des unités du 1er R.E.C qui ont participé aux opérations « SERVAL » au Mali et « SANGARIS » en République de Centre Afrique (R.C.A).

IHM Romulus 1er REC prepa RCA

Capture IHM du Simulateur ROMULUS - plate-forme du 1er R.E.C - avant la projection des troupes en République de Centre Afrique. Cartographie de « BANGUI »

Cette préparation opérationnelle leur a permis de se familiariser préalablement avec la cartographie des territoires de ces théâtres d’opérations, à leur contexte particulier ainsi qu’aux différents scenarii possibles qu’ils pouvaient rencontrer durant leur déploiement sur site.

RCA 1er REC

Unités du 1er R.E.C en opération en RCA (BANGUI) en 2014

Pour conclure

La simulation permet de préserver les niveaux seuil et d’atteindre plus rapidement et à moindre coût des niveaux de compétences supérieurs.

Elle permet aussi, à moindre coût et à moindre risque, de représenter des situations opérationnelles complexes ou de simuler des situations techniques dangereuses.

Elle permet enfin d’endiguer, à coût maîtrisé, l’érosion de la capacité d’engagement des forces terrestres, conséquence de la réduction des ressources attribuées au fonctionnement de l’armée de Terre.

Elle s'emploie pour la préparation des forces comme pour l’appui aux opérations en s’appuyant sur des outils communs aux deux besoins

Serval Virtuel

Opération "Serval" Afghanistan (Virtuelle)

Pour autant, bien que la plate-forme présente de nombreux avantages, tels que ceux énoncés ci-avant, et constitue un atout incontestable pour l’entrainement et l’évaluation des cadres, elle doit néanmoins être utilisée avec intelligence et à des fins essentiellement de préparation et de rentabilisation au maximum des exercices réels car ceux-ci demeurent essentiels à la résilience, l’aguerrissement des soldats et à la cohésion des troupes.

Les exercices de simulation ne peuvent et ne doivent en aucun cas complètement se substituer aux manœuvres réelles.

Dans ce contexte, l’optimisation de la préparation opérationnelle des forces terrestres impose un effort initial pour la simulation. Au cours de cette décennie, l’acquisition  pour toutes les fonctions opérationnelles d’outils de simulation modernes, rationalisés et interopérables en réseau participera à la préservation voire au renforcement des capacités opérationnelles du soldat français.

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